Devenir prêtre

Laurent Chanon, diacre au service du groupement paroissial Meulan-Triel, sera ordonné prêtre, le 24 juin 2018 à Versailles. Il témoigne du cheminement qui l’a mené vers son engagement à servir le Christ et son Eglise.

Parcours ?

Même si je suis né au Havre en Normandie, deuxième d’une famille de trois garçons, je suis arrivé très vite à Saint-Cyr-l’École dans les Yvelines. J’ai poursuivi une scolarité assez paisible à Versailles, où j’ai obtenu un baccalauréat scientifique avant de me lancer à Paris dans des études d’ingénieur en informatique, électronique, télécom et réseaux. J’étais – et je suis encore un peu – un geek ! Diplômé en 2006, j’ai ensuite travaillé durant trois années dans l’informatique des salles de marché pour la Société Générale. J’avais acheté une voiture décapotable, je vivais alors avenue Mozart à Paris. Bref, j’avais réussi, j’avais atteint mes objectifs. Avant de répondre enfin à l’appel du Seigneur…

Jeune chrétien ?

En tant que jeune chrétien, je crois que je pourrais relever quatre points :

  • J’ai eu la chance de grandir avec des parents croyants et qui vivaient leur foi. Ce n’était pas le cas de toutes les générations dans ma famille, mais mes parents m’ont transmis leur foi et l’amour de ma paroisse, l’amour de l’Église. La messe du dimanche faisait partie de la vie de famille. Tout simplement.
  • Le scoutisme a aussi beaucoup compté pour moi. J’ai énormément reçu dans ces années de scoutisme, et c’était un lieu de vie fraternelle, hors du cadre familial où j’ai pu construire de belles amitiés, mûrir ce que j’avais reçu et découvrir une forme de vie chrétienne au plein-air qui m’a enthousiasmé et qui me marque encore beaucoup.
  • Être enfant de chœur a également été très important pour moi : au début, c’était d’abord un moyen de ne pas m’ennuyer à la messe, de vivre la messe en « faisant quelque chose ». Et puis j’ai compris en vivant la messe au plus près du prêtre que ce qui s’y passait pouvait être le cœur de ma vie, que Quelqu’un d’important, qui allait changer ma vie, y était présent.
  • Plusieurs prêtres ont compté dans mon parcours : des prêtres proches de ma famille, des aumôniers scouts, des aumôniers à l’école, des prêtres de ma paroisse. En école d’ingénieur, quand « gavé » de mathématiques et de physique, je me demandais s’il y avait encore besoin de Dieu dans un monde où la science allait tout expliquer, de bonnes discussions avec de jeunes prêtres m’ont permis d’approfondir ma foi d’enfant et d’adolescent, en répondant aux doutes bien légitimes par un acte de foi approfondi.

Vocation de prêtre

C’est dans ce contexte qu’est née ma vocation. Je n’ai pas toujours su que je serai prêtre, cela a même pris beaucoup de temps. Mais je crois que la question : « Prêtre, pourquoi pas moi ? » était là depuis l’enfance. Je connaissais des prêtres heureux, être prêtre m’apparaissait comme une possibilité. Ce qui est déjà énorme ! Même si être père de famille était une possibilité qui m’allait très bien aussi. La place de Jésus dans ma vie et l’importance de la messe pour moi ont été décisives. Quand j’ai compris que le prêtre rendait présent Dieu au cœur du monde, je me suis souvent demandé ce qu’il pouvait y avoir de plus beau. Encore aujourd’hui, je ne suis pas sûr de voir ce qu’il y a de plus beau !

Enfin, quand je travaillais dans la banque, je suis parti durant mes vacances avec un groupe de routiers scouts. Nous aidions des religieuses en Israël qui accompagnaient des enfants palestiniens. Et ce fut aussi l’occasion de sillonner le pays de Jésus comme pèlerin. En trois semaines à lire la Bible, à faire des tâches très matérielles, à organiser des jeux pour les enfants, à prier, j’ai découvert une joie qui dépassait tout ce que je pouvais connaître dans ma vie de jeune cadre dynamique. Je me demandais alors où était le bonheur auquel Dieu m’appelait. La question « Prêtre, pourquoi pas moi ? » revenait plus fort. J’ai beaucoup discuté avec un prêtre de confiance et il a semblé sage de prendre le temps et le recul nécessaire pour entendre ce que Dieu souhaitait. Une phrase de Jésus dans l’Évangile a été une interpellation forte pour moi : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » (Mc 10, 21) J’avais presque tout dans ma vie d’avant, mais une seule chose me manquait et j’ai (à peu près) tout quitté pour suivre le Christ.

Formation au séminaire

L’entrée à la Maison Saint Jean-Baptiste, année précédant le séminaire à proprement parler, a été une véritable rupture : pas de connexion à Internet, plus de téléphone portable, prière seul ou en communauté plusieurs heures par jour, messe quotidienne, lecture de la Bible une heure chaque jour. Ce que j’imaginais comme une épreuve a été en fait une expérience de libération très joyeuse : cette année riche de multiples expériences – auprès des personnes âgées, auprès de personnes handicapées, dans le silence d’une retraite solitaire de trente jours – m’a conforté dans la voie du sacerdoce. S’en sont suivies huit années de discernement et de formation intellectuelle, humaine, spirituelle et pastorale, deux années de philosophie entre Chatou et Le Vésinet, trois années de théologie à Bruxelles, une année de stage auprès de personnes porteuses d’un handicap dans une communauté de l’Arche et deux années de stage dans le groupement paroissial de Meulan-Triel. Même si certains moments ont été éprouvants – rien ne m’avait préparé à une formation aussi longue – Dieu m’a donné les moyens de surmonter les épreuves et de discerner sa volonté, même dans les périodes de doute.

Jésus

On ne comprend bien la vocation d’un prêtre que si on comprend le sacerdoce comme une histoire d’amour. Jésus est Dieu, fils de Dieu et il nous a tellement aimés qu’il a donné sa vie pour nous. Il y a de nombreuses manières de répondre à son amour et l’Eglise est riche de nombreuses et diverses vocations. Mais pour certains, c’est en donnant toute sa vie au Christ, en se consacrant à Lui, que nous répondons à son amour. Ce sont notamment les prêtres, les religieux, les religieuses. Jésus est un ami, un compagnon de marche, un maître, un modèle, un confident. Son enseignement – par ses paroles et par sa vie – est une source inépuisable. Et par son Église, il est présent concrètement ; dans chaque église, dans chaque lieu où une communauté chrétienne se rassemble pour prier, Il est là au milieu de nous. Il est là aussi dans le frère le plus petit : l’étranger, le prisonnier, le malade, la personne en fin de vie, le petit enfant… L’amour exclusif et radical pour Dieu nous ouvre alors le cœur pour être attentif et disponible pour les autres, tous les autres. C’est la vocation du prêtre d’être consacré à Dieu pour être donné à tous. Et le célibat ne se comprend qu’à cette lumière d’un amour plus grand et totalement inclusif. Cela nous invite aussi à l’humilité ; devant l’immensité de la mission du prêtre, on ne peut répondre qu’imparfaitement et qu’avec la grâce de Dieu.

Prêtre aujourd’hui

Qu’est-ce qu’être prêtre aujourd’hui ? C’est je crois être un signe et un signe efficace de la présence de Dieu dans le monde. C’est être auprès de ceux qui en ont besoin pour leur annoncer l’Évangile, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle que Jésus nous a apportée. Cela passe par l’accompagnement de nombreuses situations, de la préparation au baptême à la célébration des funérailles, en passant par la messe et les mariages… Un prêtre, c’est l’homme de Dieu qui a pour mission de manifester l’amour de Dieu pour chacun et chacune et il aura toujours à discerner de quelle manière témoigner de cet amour de Dieu. Le monde change, l’Église change, les missions du prêtre changent mais l’amour de Dieu ne change pas et à travers tous les changements, c’est enraciné dans cet amour de Dieu par la prière, la méditation, la messe que le prêtre de demain trouvera comment répondre aux nouveaux défis. Jésus nous dit : « Suis-moi ! »

Laurent Chanon
Extrait des
Echos de Meulan n° 562