Temps ordinaire

Nous voilà revenus dans le temps dit ordinaire de notre cycle liturgique. Tandis que nos sapins domestiques se dépouillent de leur verdure, nos prêtres se sont remis en vert. Notre ferveur a culminé au rythme des solennités de Noël. Et voilà qu’on retombe dans la morne plaine du temps ordinaire. C’est à se demander si l’Eglise manquait d’idées pour donner un thème un peu relevé à chaque saison.

Mais on dirait que la Liturgie l’assume ; qu’elle assume qu’en appelant ce temps «ordinaire», il ne s’y passe rien d’extraordinaire ; qu’en l’appelant autrefois temps « après la Pentecôte » on soit dans un entre-deux difficile à qualifier en lui-même. Et par-dessus le marché, ce temps couvre la majeure part de l’année.

N’en va-t-il pas de même de notre existence singulière ? Notre vie humaine et chrétienne n’est pas la succession effrénée d’épisodes bouleversants. Entre les quelques cimes marquantes des engagements et des conversions, l’essentiel est sans relief.

La Liturgie nous enseigne alors deux choses : 1. la majeure part de l’existence chrétienne traverse la monotonie : il n’y a à en être ni honteux ni découragé ; 2. on ne peut laisser vides ces intervalles monotones : c’est là que germe ce que les événements marquants ont semé, comme les ondes d’une pierre tombée bruyamment dans l’eau s’y répandent ensuite dans le silence. Ne redoutons pas les temps sans relief : Dieu n’est pas seulement hauteur, il est profondeur (cf. Eph 3,18).

Pierre BOUQUIN, séminariste

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